Il y a dix ans, la société Altran, ex-Alcatel, fermait son usine à Orvault

Il y a dix ans, la société Altran, ex-Alcatel, fermait son usine à Orvault. Une histoire industrielle qui a marqué celle du territoire : innovation, développement du Bois-Raguenet, mouvements sociaux, fermeture… Traversez plus de 30 ans de l’histoire de ce site en écoutant ces podcasts proposés par la Ville d’Orvault et réalisés par Gilles Naour, médiateur culturel.

Pour entendre les épisodes en podcast : cliquez sur les photos !

Sources : Centre Histoire du travail à Nantes, archives municipales

En 1971, la société L.M.T (Le Matériel Téléphonique), filiale du groupe Thomson, décide de construire à Orvault une usine de fabrication de centraux téléphoniques.

Elle choisit alors d’implanter son usine au lieu-dit « le Mail » sur des terres agricoles gérées par les familles Bréheret et Jarnoux.

Dans la délibération du conseil municipal du 25 janvier 1971, il est noté que le terrain est cédé par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nantes. Dès lors, pour accorder le permis de construire, la Mairie n’a pas d’autre choix que de créer une zone d’aménagement concerté.

En septembre 1971, 70 employés occupent un atelier provisoire et, à la fin de l’année 1972, 500 salariés.

La ferme de la famille Jarnoux.

En 1974, de nouveaux ateliers sont inaugurés en présence de M. Lelong, secrétaire d’Etat aux Postes et Télécommunication. L’usine, qui fait 20 000 m² compte désormais 800 salariés et, pour les officiels, elle est engagée dans une technologie pleine d’avenir.

Toutefois, l’ambiance est plutôt morose. En effet, 1974 est marquée par une crise économique et L.M.T. subit le report de plusieurs commandes.

Les employés expriment leurs inquiétudes face au secrétaire d’Etat.

Cette année-là marque aussi l’urbanisation du quartier du Bois-Raguenet, situé à 1 km de l’usine. Ici ou là, des maisons apparaissent et sont occupées par plusieurs ingénieurs et techniciens de L.M.T.

Visite du secrétaire d’Etat relayée dans Ouest France.

Chez L.M.T., le personnel est composé à la fois de techniciens et d’ingénieurs qui étudient et préparent la fabrication de matériels téléphoniques mais aussi d’ouvrières qui représentent 55 % du personnel et dont le travail à la chaîne consiste à du câblage, de l’habillage et de la fabrication de relais.

Pour les ouvrières, le règlement intérieur est sévère : pas le droit de parler ni de lever le nez, obligation de demander la permission pour aller aux toilettes…

Quant au salaire, signalent les syndicats, il est dérisoire, surtout pour les femmes qui sont moins bien payées que les hommes. Certaines le complètent par des primes, en réalisant deux journées en une seule !

Les syndicats rappellent souvent que l’entreprise bénéficie de 75% d’exonération d’impôts locaux. Une forme de mécontentement s’installe et s’amplifie avec le temps.

En 1976, L.M.T. est racheté par Thomson Télécommunications. La situation des salariées ne s’améliore pas pour autant et, le 4 avril 1978, des débrayages tournants sont organisés.

Principale revendication des grévistes : une réévaluation des salaires. En réponse, et pour faire des économies, la direction leur suggère de se rendre à vélo au travail et non plus en voiture…

Le conflit se durcit avec de nouvelles revendications, à savoir une indemnisation crèche de 12 francs par jour et un congé de maternité supplémentaire passant de 14 à 16 semaines.

En 1978, après une semaine de grève, certains salariés reçoivent un courrier du service du personnel leur précisant la chose suivante : « Nous constatons que vous exécutez votre travail dans des conditions volontairement défectueuses. Nous réduisons en conséquence vos appointements proportionnellement à la baisse d’activité, constatée depuis le 6 avril 1978, de 15,29%, en décomptant les débrayages. »

L’effet est immédiat : la grève se prolonge de 11 semaines !

Soutenues par Maurice Poujade, maire d’Orvault, et par plusieurs associations orvaltaises, les sections syndicales de l’entreprise organisent des galas de soutien.

Après 12 semaines de conflit, les employés obtiennent une hausse salariale mais bien en dessous de leur demande.

De son côté, la direction annonce des procédures de licenciement contre 26 salariés (l’affaire des 26) dont deux délégués CGT et CFDT et 12 élus du personnel ou candidats aux élections du comité d’établissement. Il y eut également 5 avertissements et 57 mises à pied.

En 1985, l’usine L.M.T. – Thomson fusionne avec C.I.T. Alcatel. La nouvelle société change de nom en le simplifiant afin d’obtenir le meilleur impact commercial possible. Le nom retenu est Alcatel.

Conséquence de cette fusion ? Un nouveau plan social prévoit des suppressions de postes et de nombreuses mutations vers Cherbourg. Le 13 novembre 1985, 200 salariés manifestent place Bretagne à Nantes, qui est, ce jour-là, jonchée de bandes magnétiques d’ordinateur et de rouleaux de papier d’imprimante.

Peine perdue, les suppressions et mutations seront actées par la Direction Générale de l’entreprise.

Au fil du temps, l’entreprise passe d’usine de fabrication à centre de recherche et de développement. Les ingénieurs et techniciens dont l’effectif est désormais plus important n’échappent pas pour autant à un énième plan de restructuration, Alcatel subissant une féroce concurrence internationale.

En 1996, nouvelle grève contre la suppression d’emplois et la délocalisation du centre de réparation des cartes électroniques.

Pour les salariés d’Alcatel, l’entrée dans le 21e siècle n’est pas de tout repos. Grève pour les 35 heures en 2000, départs de 129 salariés en 2007 puis, de 2008 à 2013, la succession de six plans sociaux en sept ans.

C’est le fameux plan « shift » (« changement », en anglais) dont l’objectif est de réduire les coûts en regroupant sur Lannion ou dans la région parisienne un nombre important de postes.

Fin 2013, Alcatel cède le site à Altran, une société de services informatiques. Sur les 510 salariés restants, seuls 150 sont embauchés par le nouvel employeur.

Leur mission : travailler sur les objets connectés pour Orange et SFR. Mais l’activité des ex-Alcatel n’est pas garantie au-delà de 2018. Et, pour compléter le tableau, la majorité des bâtiments est abandonnée. La fin de l’histoire approche…

La promesse de conserver une activité sur site jusqu’en 2018 n’est pas tenue. Le 1er octobre 2015, les salariés encore présents franchissent une dernière fois les portes d’Altran, ex-Alcatel. A l’époque, les témoignages sont emplis d’amertume et de rancœur.

De leur côté, les élus locaux de tout bord se sont démenés pour maintenir l’activité à Orvault. Dans les dernières années, ils ont même proposé de créer un campus d’excellence sur les télécoms. Rien n’y a fait. Après 45 ans d’existence, l’usine ferme.

Point d’orgue de toutes ces années de lutte, un dernier repas est partagé sur le site. Une fois les tables rangées, les derniers salariés repartent et disent adieu à Orvault.

 

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