Vous êtes ici

Le Bignon, ancienne terre des maraîchers

-A +A

L’origine du mot Bignon serait en langue gauloise « bunia » qui signifie source jaillissante. Le lieu était donc tout prédisposé au développement des tenues maraichères.

XVIème siècle - Le Bignon est le domaine d'une famille noble, la famille de Cadoret qui vivait dans un manoir entouré de huit domestiques. Leur propriété allait jusqu’au Pont du Cens. Le manoir était alors composé d’un logis principal avec sa tourelle, de communs et de plusieurs granges. Le tout était disposé autour d’une unique cour, fermée par des murs de clôture. Tous les édifices s’ouvraient exclusivement vers l’espace central. Aucune ouverture ne donnait vers l’extérieur. L’ensemble était pratiquement fortifié.

Dessin de l'architecte Pierluigi Pericolo

 

1839 - La famille de Boussineau succède aux Cadoret. Cette famille, issue de la noblesse nantaise s’est beaucoup investie à Orvault puisque Nicolas de Boussineau, fut maire de 1807 à 1826.

1844 - La famille de Boussineau échange avec Jules Salentin le domaine du Bignon contre des terres à Carquefou.

Le 5 juillet 1870 - Joseph Vincent (photo) qui fera construire le château de la Gobinière devient le propriétaire. L’industriel nantais fait détruire le logis principal sans doute pas assez confortable.

 

Au XIXème siècle, à Nantes, il est d’usage chez les familles bourgeoises de développer sur leur domaine et pour leur consommation personnelle, une importante culture de légumes. Le Grand-Père Langlais est embauché comme jardinier par la famille Vincent.

1919 - Son fils, Louis Langlais ,rachète une partie des terres ainsi qu'une partie des bâtiments pour en faire une ferme. Une autre famille d’agriculteurs s’est installée dans le bâtiment principal. Il s’agit de la famille de Joseph Turpin. La vie s'écoule tranquillement rythmée par les moissons, les vendanges, les travaux des champs, l'élevage de bovins.

 

1940 - L'armée allemande aménage une fosse antichar qui relie la route de Vannes au Pont du Cens. Lors de la libération de Nantes, le Bignon est épargné. Les combats ont lieu au Pont du Cens.

Arrivée de l'armée américaine au Pont du cens

 

1945 - Au lendemain de la seconde guerre mondiale il faut nourrir la population. Les familles Turpin-Foucher et Langlais transforment leurs terres agricoles en tenues maraîchères. Ils y cultivent des radis, des melons, des carottes, du céleri, du cresson, des poireaux..Tout le monde met la main à la pâte. Les hommes cassent les mottes de terre, l'enrichisent de fumier, sèment, posent des châssis. Les femmes  plantent, arrosent, récoltent, éclaircissent les carottes. Les enfants sont aussi d'une aide précieuse. Au retour de l'école, une autre tâche les attend : faire la chasse aux herbes folles.

 

Dans les années 50 et 60 - Le progrès technique est tel que le travail évolue rapidement. Le cheval disparaît au profit du tracteur et le camion remplace le char à bancs pour la livraison. Les tunnels en plastique apparaissent également en remplacement des cloches en verre et des châssis. Ces tunnels jouent le rôle de mini-serres améliorant ainsi la qualité des légumes.

Les maraîchers sont aussi fleuristes. A côté de leurs productions légumières, les voilà qui cultivent le muguet. Ils en parlent comme d'une culture qui demande " 3 années de travail, 3 jours de récolte, 1 jour de vente et 1 année de bonheur ! " 

Fin des années 70 - Pour s'en sortir les maraîchers doivent accroître leur production, augmenter leur surface d'exploitation. Au Bignon cela n'est pas possible. La ville a grignoté l'espace. Les maisons, les routes cernent leurs terres.

 

Début des années 90 - Fin de l'exploitation maraîchère. Les bâtiments tombent dans l'oubli.

 

2002 - Construction de logements.

2004 - Arrivée du tramway

2008 - La ville rénove les bâtiments restants dont une partie est occupée par le Point Information Jeunesse.

 

A noter qu'un remarquable bas-relief représentant une botte d’asperge, visible sur le rond-point rue des ajoncs d'or, rappelle l’époque des chars à bancs, des cultures sous châssis, des longues journées à sarcler, à biner, à semer et surtout à scruter le ciel. Sa présence nous renvoie à l’époque des familles de maraîchers qui occupaient le site.